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Déc
18

Tribune de Jean-Christophe Lagarde : le vote des étrangers

Jean-Christophe Lagarde UDI tribune Le Monde du 18-12-2012

Tribune
Parution Le Monde le 18 décembre 2012
Par
Jean-Christophe Lagarde
Secrétaire général de l'UDI, député maire de Drancy

« Le vote des étrangers est lié à la citoyenneté.

Soumettons cette propositon à référendum »

Harlem Désir, Premier secrétaire du PS a adressé une lettre ouverte à tous les parlementaires afin de les convaincre d'apporter leur soutien à la promesse numéro 50 de M. François Hollande; accorder le droit de vote aux étrangers. Evidemment, les parlementaires de l'opposition, ne se sentent pas comptables des engagements du Président de la République élu. Mais la missive d'Harlem Désir mérite tout de même une réponse sur le fond de la part de l'opposant ouvert mais résolu que je suis.

Je partage la volonté d'un débat serein et sincère sur ce sujet qui peut, à mes yeux, permettre à la France de retrouver ses valeurs et ses principes historiques. Car, si comme le relève Harlem Désir, la Constitution de l'an I (d'ailleurs jamais appliquée) avait prévu ce droit de vote aux étrangers en 1793, M.Désir omet de dire que la République qui fût une construction lente, traversée d'épreuves et d'évolutions, a ensuite systématiquement écarté ce droit depuis plus de deux siècles.

Et il y a une bonne raison à cela. Au travers des ans, la République a construit et précisé la notion qu'elle se faisait de la qualité de citoyen. En effet, contrairement à d'autres nations qui ont pour tradition de prendre pour socle de la citoyenneté la culture, la langue ou encore l'attachement à une monarchie, la citoyenneté française est fondée sur une idée essentiellement politique, basée sur l'adhésion aux valeurs de la République. En clair, notre tradition républicaine a conçu l'idée que pour être Français il suffisait d'adhérer aux idéaux que nous affichons aux frontons de nos édifices publics ; valeurs que sont la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, auxquelles s'est ajoutée en 1905 celle de Laïcité. Mieux même,dans un souci universaliste qui fait partie intégrante de notre identité nationale, l'ambition des révolutionnaires et des républicains français a toujours été de vouloir faire partager ces valeurs, d'y faire adhérer : en un mot de donner envie et fierté d'être français.

Notre Nation s'est construite à travers l'idée de la citoyenneté qui signifie partage et adhésion à notre socle républicain. En somme, l'adhésion à ces valeurs constitue la Nation et fait de nous des citoyens français. C'est pour cette raison que les comparaisons régulières du PS avec d'autres nations, qui ont d'autres histoires et une conception radicalement différente de la citoyenneté sont sans valeur car elles récusent notre propre
construction nationale.

Et c'est parce que nous avons construit une citoyenneté européenne que les ressortissants des pays membres de l'Union Européenne ont obtenu en 1992 un droit de vote, hélas restreint, mais un droit de vote lié à cette citoyenneté. Celle-ci est construite par une volonté politique équivalente à celle qui a fondé la citoyenneté française, respectant donc nos traditions républicaines nationales.

Mais, par surcroit, les arguments plus prosaïques généralement avancés par le parti socialiste sont non seulement inopérants et contradictoires même dangereux.

La citoyenneté ne se découpe pas en tranches comme un vulgaire saucisson. Sauf à vouloir créer une catégorie de sous citoyens qui auraient le droit de se prononcer de temps en temps, chaque fois que les « citoyens supérieurs » leur concéderaient le droit à la parole... C'est aussi pour cela que je suis favorable à une réforme de la Constitution qui permettrait aux citoyens européens de voter à toutes les élections dans notre pays.

De même les arguments habituels du PS liés à la résidence, au paiement des impôts ou encore à la scolarisation des enfants ne tiennent pas. Ils traduisent une vision utilitariste de la citoyenneté qui m'attriste. Ainsi, un étranger qui habite une commune, dont les enfants vont à l'école primaire et qui paye les impôts communaux devrait, selon eux, voter aux élections municipales pour pouvoir se prononcer sur la gestion de sa ville, des conditions de scolarisation de ses enfants et l'utilisation des contributions qu'il verse. Mais alors au nom de quoi lui refuser le droit de voter aux élections cantonales ou régionales alors qu'il habite le département et la région, que ses enfants iront au collège et au lycée, qu'il paye des impôts à ces collectivités dont sa vie dépend tout autant ? Quelle drôle de conception que cette « citoyenneté clignotante » qui n'est accessible que par intermittence... Et d'ailleurs, pourquoi n'aurait-il pas le droit de voter aux élections législatives et présidentielles alors que c'est à l'Etat qu'il paye l'essentiel de ses impôts et dont dépend ce qui sera enseigné à ses enfants ?

En réalité, le vrai sujet est que la France retrouve ses racines, ses valeurs et son ambition républicaine. Pour cela, nous devons retrouver notre volonté de donner envie d'être Français, c'est à dire de partager le projet républicain. Dés lors que quelqu'un est admis régulièrement sur notre sol, notre histoire et nos valeurs nous commandent d'avoir l'ambition collective de lui donner l'envie d'être des nôtres, de faire partie intégrante de la famille que nous constituons. Pour cela, il faut simplement faciliter l'accès à la nationalité française et réduire les délais administratifs honteux qu'on met aujourd'hui à l'accorder à des étrangers présents depuis des lustres. Un résident qui renouvelle sa carte de séjour de 10 ans, et qui par conséquent aura droit à un renouvellement automatique de celle-ci sans limitation de durée, devrait se voir proposer à cette occasion une dossier de demande de naturalisation, et l'aboutissement de celle-ci ne devrait pas prendre plus d'un an. Si ce résident étranger refuse d'adhérer à notre Nation, donc à la citoyenneté qui lui est liée, pourquoi lui imposer une sous-citoyenneté au rabais ? Au nom de quoi lui accorder le droit de décider à la table de la famille nationale alors même qu'il ne souhaite pas faire partie de cette famille ?

Et d'ailleurs, qui peut croire franchement qu'une telle révolution qui va à l'encontre de notre histoire, de nos traditions républicaines et de l'essence même de notre construction nationale puisse être décidée par les seuls représentants du peuple plutôt que par les citoyens eux mêmes ? Le référendum est fait pour ces grandes décisions nationales. François MITTERRAND l'avait bien compris. Il avait consulté les Français par référendum pour accorder le droit de vote aux citoyens européens. Le cas échéant; le périmètre de la famille ne pourrait être changé que par la famille toute entière.

Si François Hollande ne souhaite pas trahir une promesse de plus, cet engagement pris devant les Français il lui suffit de le soumettre à tous nos concitoyens par référendum. C'est si simple qu'on se demande pourquoi il ne l'a pas envisagé, sauf à penser en son for intérieur que les Français ne l'accepteraient pas. Mais alors au nom de quoi, nous les représentants du peuple, voterions une si grave décision contre leur volonté ? Pour ma
part, ayant l'honneur d'être Député de la République, je m'y refuse absolument. Ce serait violer nos concitoyens.