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Avr
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Mon message du 24 Avril

J'ai tenu à rédiger un message à l'occasion de ce 24 avril à l'intention de mes amis Arméniens de St Chamond :

"Au moment où vous prendrez connaissance de ce message, je serai à Erevan, pour la commémoration du 100ème anniversaire du Génocide Arménien, au sein de la délégation Française conduite par M. le Président de la République. Je mesure ce privilège, et c'est en étroite union de pensée avec vous que je m'acquitte de ce devoir de mémoire. En ces instants, c'est avec une réelle et profonde émotion, un immense respect que nous répondons à l'appel au recueillement de la nation arménienne pour évoquer la mémoire du 1 million et demi de victimes innocentes de la barbarie Jeunes Turcs de 1915.

IMG 0472 FR Khatchkar 2015 04 redim Mes pensées vont également aux survivants de la tragédie, eux qui durent se reconstruire au terme d'une déportation abominable, suivie de l'exode que l'on sait. Mais aussi à leurs descendants, ce peuple Arménien dispersé aux quatre coins de la planète, cette diaspora nombreuse aujourd'hui qui a vu fleurir des communautés dans presque tous les pays du monde. Notre pays a ainsi été pour les rescapés du massacre, ces apatrides, une terre d’accueil et d’établissement, depuis Marseille, en passant par la vallée du Rhône, notre région et jusqu’à Paris et ses banlieues.

Ici à Saint-Chamond, de nombreux amis m’ont rendu sensible très tôt à leur histoire, à la tragédie dont nous faisons mémoire. Je veux les remercier. C’est donc tout naturellement qu’élu député, j’ai toujours consacré une part de mes activités parlementaires à la cause arménienne, à son présent comme à son passé.

J’étais à Erevan, au moment de la proclamation de l’indépendance. J’ai été et je demeure solidaire de la lutte pour la souveraineté du peuple de l’Artsakh, auquel les pogroms de Bakou et Soumgaït ont hélas montré que les forces mauvaises à l’œuvre en 1915 pouvaient hélas ressurgir dans toute leur sauvage violence.

N'oublions pas non plus, l'oeuvre de justice accomplie depuis des décennies par tous les militants de la cause Arménienne. Ce sont eux qui ont permis que cette page noire de l'histoire contemporaine ne tombe dans le puits de l'oubli, là où certains voudraient encore la reléguer. Car, inlassablement il faut transmettre aux générations suivantes.

Notre pays s'honore d’avoir inscrit parmi ses lois, celle du 29 janvier 2001.

Ayant eu le grand honneur et la joie de contribuer à son adoption, je suis fier d’avoir ainsi servi, en tant qu’élu de la Nation, la cause de la vérité. Fruit de l'initiative des parlementaires, des représentants du peuple français, cette loi a traduit en droit, à la face du monde, le cri de la conscience humaine face à la barbarie.

Plus qu'un geste symbolique, notre pays a fixé, avec l'autorité et la force de la loi, la réalité historique et souligné avec un éclat particulier la solidarité et l'amitié profonde entre les peuples français et arméniens.

Par cette reconnaissance légale, publique, officielle, la France, qui se veut patrie des libertés et des droits de l’homme, s’est ainsi montrée fidèle à sa vocation. Cette loi s’imposait face aux tentatives toujours renouvelées de minimiser, de relativiser, de nier ce qui fut la première catastrophe humanitaire du vingtième siècle. Car nier le génocide arménien, c’est infliger aux victimes des persécutions orchestrées par le pouvoir turc de l’époque une seconde mort, la mort de la mémoire. C’est cautionner enfin le mensonge par omission des gouvernements turcs successifs, le mensonge d'Etat.


Aujourd’hui encore, je veux dire et redire, à l’adresse

de la Turquie, que « le pardon et la réconciliation passent

obligatoirement par la reconnaissance des crimes commis ».

 

Il faut saluer les intellectuels turcs, notamment à la suite de  Hrant DINK, qui ont eu le courage d’aller à contre-courant en demandant aux autorités politiques de leur pays de faire la pleine lumière sur la terrible année du génocide. Ils ont compris que la promotion de la vérité est le plus sûr moyen de sauvegarder la démocratie dans la vie collective de leur pays, de contenir ce que les nouvelles ambitions impérialistes d’une Turquie officielle qui tourne le dos à la vérité, à l'évidence, peuvent avoir d’inquiétant pour les libertés publiques dans ce pays et aussi pour la stabilité politique de cette région du monde.

Reconnaître et affirmer le génocide arménien dans toute son ampleur, c’est aussi, d’une certaine manière, contribuer à empêcher l’indifférence, cette alliée naturelle du mensonge, c'est combattre les nouvelles entreprises d’anéantissement collectif dont nous voyons aujourd’hui le déploiement, notamment avec les Chrétiens d'Orient. Il ne s’agit donc pas de se replier sur le passé, mais de faire en sorte, en proclamant haut et fort la réalité des faits survenus il y a un siècle, qu’il soit plus difficile à cette forme extrême de tyrannie de se manifester à nouveau.

Mes chers Amis, si la loi du 29 janvier 2001 a été le couronnement de notre démarche commune, elle ne doit pas être, à mes yeux, l’acte ultime.

Car le combat pour la vérité continue.

Je suis un partisan résolu de la liberté d’expression des idées et des opinions. Mais face à la réaction de la Turquie officielle, tissée de dénis et de mensonges, face au développement du négationnisme, sous toutes ses formes, face aux agissements menaçants pour les libertés publiques, qui bafouent systématiquement et consciemment la vérité des faits comme la dignité des personnes, il devient nécessaire de prévoir une répression pénale adaptée, une répression spécifique.

Je suis heureux de me trouver, sur ce point, en parfaite harmonie avec la juste position prise par le pape François dans son allocution d’ouverture de la messe récemment célébrée à St Pierre de Rome à la mémoire des victimes du génocide. De même, je salue la résolution adoptée ce 15 avril par le Parlement européen et bien sûr les déclarations hier, du président Allemand.

Le droit international a défini en termes généraux le crime de génocide. Or, l’atteinte portée par les négationnistes à l’ordre public est de portée universelle. La réponse démocratique relève de la loi pénale et de sanctions  prononcées en termes universels. Je déplore que, dans notre pays, cet effort soit, en l’état, entravé par la jurisprudence du Conseil constitutionnel. J’attends des initiatives de la part des plus hautes autorités pour résoudre la difficulté ainsi créée et que se traduisent en actes les engagements pris.

C'est une question de principe. Je demande donc que soit sanctionnée la négation du génocide, de tout génocide, de tous les génocides et crimes contre l'humanité.

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Ces cérémonies du Centenaire sont l'occasion de faire mémoire des morts et d’en vénérer le souvenir. Et pour tous les amis de l’Arménie, ce 24 Avril, c’est un devoir de manifester avec une force toute particulière, respect, sympathie et solidarité.

Et je suis heureux de constater que les organisateurs de ces commémorations officielles et ici les animateurs de la Mission Loire 2015, ont cherché à donner à leur action la dimension la plus large possible, en essayant de la déployer au-delà de la seule communauté des Français d’origine arménienne.

D'ailleurs, le long combat des Arméniens pour la mémoire, pour la justice, pour la réparation, n'est autre en réalité, que cet engagement permanent et universel pour la dignité de l’Homme.

Puisse ce Centenaire conforter votre démarche, et ainsi nous permettre de relier la mémoire indispensable d'un passé douloureux à la conscience des liens qui nous unissent et nous uniront plus encore à l'avenir.

Vive la France, vive l'Arménie !
Je vous remercie."